Fossile

Daniel Bourrion à 14 mois

Il n'y a évidemment aucun souvenir de ça, je n'ai en dedans moi nulle trace de ce moment

Tumulus #15

La plupart d'eux ne font que ça, suivre l'avancée d'une trace qu'ils enfoncent tous ensemble dans la terre molle ou la rocaille ou les rochers, c'est toujours la même chose, le paysage seul change

Tumulus #14

Tout s'arrête le soir et les fins de semaines d'un seul coup, d'un cri, de cette sirène encore qui dessine dans l'espace les frontières du temps et fait se vider tout l'endroit en quelques minutes à peine, les hommes ne traînent pas quand arrive le dernier moment et c'est encore plus vrai au vendredi qui est toute une promesse avec ses deux jours pleins emplis de rien, on se reposera, on laisse

Tumulus #13

Il y aura des tonnes et puis des tonnes de glaise charriée, des rocailles à foison, des herbes décapées et mêlées, des choses dont on ne sait le nom qui font une pâte du monde et tombent des godets hauts aux camions dans des bruits mous, lascifs, gras,

Tumulus #12

Pendant qu’on parle ici ailleurs le chantier fait son trou et grave dans des paysages jusqu’alors restés intacts ou presque, disons légèrement éraflés par les hommes au fil des siècles, un large sillon de terre retournée qu’on voit même de très loin,

Fossile #19-3

C’est un brouet de fait, une sorte de mélasse que le temps produit de lui-même en s'enroulant, s'avalant, se digérant, et sur lequel surnagent, on ne comprend pas pourquoi, des moments qui font îles où l'on débarque toujours un peu par hasard, surpris d'être là, on ne pensait pas arriver comme cela à cet endroit et là voilà qu'on y pose le pied et puis qu'on pense, un parallèle, à ce plat lourd

Tumulus #11

Tout ça se passe loin du village encore, de la vallée en vrai, cela n'intéresse donc personne et puis personne ne peut savoir que ça a commencé même si dans les journaux de minuscules entrefilets ont évoqué une route, le début du chantier,